Publié le 17 mai 2024

Pour aller plus vite sur circuit, la clé contre-intuitive est d’abord d’apprendre à ralentir aux bons endroits afin de maximiser votre vitesse de sortie de virage.

  • La performance ne vient pas de la prise de risque, mais d’une méthode de pilotage propre et analytique.
  • L’obsession du chrono dès le début de journée (« chrono-vanité ») est le principal frein à une progression durable.

Recommandation : Concentrez-vous sur un seul point technique par session et utilisez l’acquisition de données pour valider vos sensations, pas pour flatter votre ego.

Le plateau. Ce moment frustrant où, après quelques journées de roulage prometteuses, le chronomètre refuse obstinément de descendre. Chaque session ressemble à la précédente, et malgré la sensation de forcer, de freiner plus tard, de pencher davantage, rien n’y fait. Vous avez l’impression d’être à votre limite, et la prochaine seconde à gagner semble synonyme de prise de risque et de chute potentielle. C’est une expérience que tout pilote amateur connaît, un mur invisible qui semble infranchissable.

Face à ce blocage, les conseils habituels fusent dans le paddock : « regarde plus loin », « travaille tes trajectoires », « achète de meilleures suspensions ». Si ces éléments ont leur importance, ils restent souvent des platitudes. Ils décrivent le « quoi » sans jamais expliquer le « comment » et surtout le « pourquoi ». Cette approche parcellaire pousse à l’erreur : vouloir tout faire en même temps, en se concentrant sur les symboles de la vitesse – le freinage tardif, le genou par terre – plutôt que sur les fondamentaux qui la créent.

Et si la véritable clé n’était pas de chercher à être plus rapide partout, mais d’apprendre à être plus lent aux bons endroits pour être infiniment plus efficace ailleurs ? C’est le secret d’un pilotage propre. Cet article propose de déconstruire le mythe du « pilote kamikaze » pour vous guider vers une méthode structurée, celle d’un coach. Nous allons bâtir votre performance non pas sur le risque, mais sur la compréhension, la technique et la gestion de votre capital confiance. L’objectif n’est pas de « claquer un temps » par hasard, mais de construire les fondations qui vous feront gagner des secondes durablement et en toute sécurité.

Nous allons analyser ensemble pourquoi les virages lents sont votre plus grand potentiel de gain, comment les outils modernes peuvent devenir vos meilleurs alliés, et dans quel ordre précis vous devez travailler pour transformer votre pilotage. Préparez-vous à changer votre vision de la performance.

Pourquoi vous perdez 2 secondes pleines dans les virages lents ?

L’obsession du débutant, c’est la vitesse de pointe dans les lignes droites et les courbes rapides. Pourtant, la majorité du temps perdu sur un tour ne se situe pas là, mais bien dans les virages lents, les épingles et les chicanes. C’est ici que se cache le plus grand potentiel de progression. L’erreur fondamentale est de considérer ces sections comme des « pauses » entre deux accélérations, alors qu’elles sont en réalité les lance-pierres qui conditionnent toute la vitesse future. Perdre un dixième dans une épingle se transforme en une demi-seconde perdue au bout de la ligne droite qui suit.

Trois erreurs classiques expliquent cette perte de temps massive :

  • L’entrée trop rapide : Dans l’espoir de « garder de la vitesse », le pilote entre dans le virage trop vite. Conséquence : il est obligé de maintenir les freins trop longtemps sur l’angle, ce qui fige la moto, réduit l’adhérence et l’oblige à élargir sa trajectoire. Il est alors incapable de remettre les gaz au bon moment.
  • La mauvaise trajectoire : Une trajectoire en « U », large et arrondie, semble naturelle mais est une catastrophe dans une épingle. Elle maximise le temps passé sur l’angle maximum, là où la moto est la plus vulnérable et où l’on ne peut pas accélérer.
  • L’accélération sur l’angle : Le pilote, frustré d’être lent, tente d’accélérer alors que la moto est encore très inclinée. Cela perturbe l’équilibre, met le pneu arrière en difficulté et force à couper les gaz pour corriger. Le résultat est une sortie de virage hésitante et lente.

La solution est contre-intuitive : il faut accepter de « sacrifier » l’entrée pour maximiser la vitesse de sortie. Cela signifie freiner plus tôt et plus fort en ligne, pivoter la moto plus rapidement dans un espace plus court, et se retrouver droit le plus vite possible pour pouvoir accélérer pleinement. Des analyses de télémétrie sur des circuits comme celui du Pôle Mécanique d’Alès montrent qu’un pilote peut gagner jusqu’à 0.5 secondes sur une seule épingle en adoptant cette approche.

Comment utiliser un Alfano ou un chrono GPS pour identifier vos faiblesses ?

Le pilotage est un sport de sensations, mais la progression stagne lorsque les sensations mentent. Vous avez l’impression d’avoir freiné plus tard, mais le chrono dit le contraire. C’est ici que l’acquisition de données, même simple, devient un outil de diagnostic surpuissant. Un chrono GPS ou un Alfano n’est pas un juge, c’est un miroir objectif de vos actions. Son rôle n’est pas de vous dire « tu es lent », mais de vous montrer précisément « voici où et pourquoi tu perds du temps ». C’est le passage obligé vers un pilotage analytique.

Un système d’entrée de gamme vous donnera déjà les informations cruciales : le temps au tour, les temps par secteur (partiels) et la vitesse maximale. En comparant deux tours, vous pouvez déjà voir si un changement de trajectoire dans le secteur 2 a eu un impact positif, même si votre temps au tour global n’a pas bougé. Les systèmes plus avancés ajoutent la visualisation des trajectoires, des points de freinage et des vitesses en virage. Vous pouvez superposer votre meilleur tour avec celui d’un ami plus rapide et voir concrètement où il fait la différence.

Gros plan sur un système d'acquisition de données montrant des courbes de vitesse et trajectoires

L’analyse de ces données permet de valider ou d’invalider des hypothèses. Imaginons que vous travaillez le freinage du virage du fond de ligne droite. En reculant votre repère de 5 mètres, la télémétrie vous montrera peut-être que votre vitesse d’entrée est légèrement plus faible, mais que votre vitesse de sortie est bien meilleure, résultant en un gain de temps global sur le secteur. Sans ces données, vous auriez pu penser, à tort, que votre tentative était un échec. Un pilote amateur a ainsi pu gagner 1.2 secondes au tour en 3 mois simplement en identifiant une perte de temps au freinage et en corrigeant son repère de manière progressive, session après session.

Choisir le bon outil dépend de votre niveau et de vos objectifs. Pour débuter, un simple GPS suffit. L’important est d’apprendre à interpréter les données de base avant de se noyer sous une avalanche d’informations.

Comparaison des systèmes d’acquisition de données pour circuit
Système Prix moyen Fonctionnalités clés Niveau recommandé
GPS simple 200-400€ Temps au tour, vitesse max Débutant
Alfano 6 600-800€ Analyse trajectoire, comparaison tours Intermédiaire
AiM Solo 2 DL 1000-1500€ Télémétrie complète, overlay vidéo Expert

Trajectoire « V » ou « U » : laquelle privilégier pour sortir fort des courbes ?

La trajectoire est le fil d’Ariane du pilotage sur circuit. C’est elle qui dicte le freinage, la mise sur l’angle et l’accélération. Trop souvent, les débutants appliquent la même trajectoire arrondie en « U » à tous les virages, ce qui est une erreur fondamentale. Le choix entre une trajectoire en « V », plus anguleuse, et une en « U », plus coulée, dépend entièrement de l’objectif : cherche-t-on à conserver de la vitesse (virage rapide) ou à préparer une forte accélération (virage lent suivi d’une ligne droite) ?

La trajectoire en « U » est idéale pour les courbes rapides et longues. L’objectif est de minimiser le freinage et de conserver le plus d’élan possible. On cherche un point de corde au milieu du virage et on utilise toute la largeur de la piste en entrée comme en sortie. C’est une trajectoire de maintien de vitesse.

La trajectoire en « V », en revanche, est l’arme absolue dans les virages lents et les épingles. Elle repose sur le principe du « sacrifice d’entrée ». On freine fort et tard en ligne droite, on plonge vers un point de corde tardif, on fait pivoter la moto rapidement sur un angle important mais très bref, et on la redresse aussitôt pour pouvoir accélérer à fond le plus tôt possible. L’entrée est plus lente, mais la sortie est explosive. C’est une trajectoire de création de vitesse. Comprendre cette distinction est la première étape pour débloquer votre chrono.

Le légendaire coach de pilotage Keith Code a résumé cette philosophie de manière percutante. Comme le rapporte une analyse sur les techniques de pilotage sur Le Repaire des Motards :

Le pilote américain pense que s’il gagne du temps dans la zone d’accélération du virage, il en profitera aussi dans la ligne droite.

– Keith Code, Le Repaire des Motards – Techniques de pilotage

Cette phrase résume tout : la performance se construit à la sortie du virage, pas à l’entrée. Le choix de la trajectoire doit toujours servir cet unique objectif : maximiser la vitesse de sortie lorsque le virage débouche sur une ligne droite.

  • Virages < 90° (épingles) : Trajectoire en V avec point de corde tardif.
  • Virages > 90° (courbes rapides) : Trajectoire en U pour conserver l’élan.
  • Chicanes : Sacrifier le premier virage (trajectoire plus lente) pour optimiser la sortie du second.
  • Sortie sur ligne droite : Privilégier systématiquement la vitesse de sortie, donc souvent une trajectoire en V.

L’erreur mentale de vouloir « claquer un temps » dès la première session

Le plus grand ennemi du pilote qui cherche à progresser n’est pas sa machine ou la piste, c’est son propre cerveau. L’ego, l’impatience et la pression que l’on s’impose sont des saboteurs de performance. Cette erreur mentale que j’appelle la « chrono-vanité » consiste à monter sur la moto pour la première session de la journée avec un seul objectif : battre son record. C’est la garantie de piloter crispé, de commettre des erreurs et de finir la journée frustré, voire par terre.

Une journée de roulage n’est pas une course de MotoGP. C’est une succession d’opportunités d’apprentissage. La bonne approche est de la structurer comme un entraînement, en montant progressivement en intensité et en se fixant des objectifs techniques précis, et non des objectifs de temps. Votre capital confiance est comme une batterie : si vous le videz dès le matin avec une grosse frayeur, le reste de la journée est compromis. Si vous le construisez session après session, vous arriverez en fin de journée avec le maximum de potentiel pour réaliser un temps propre.

Avant même de démarrer, la préparation est clé. Vérifiez les basiques : pression des pneus (faites-vous conseiller par les professionnels sur place, c’est crucial !), tensions de chaîne, et niveaux. Une fois ces points validés, le travail mental commence.

Pilote en combinaison se concentrant avant une session, environnement de paddock

Voici un plan de journée structuré et efficace, qui protège votre confiance et maximise votre apprentissage :

  1. Session 1 (Matin) : Échauffement. Roulez à 70% de vos capacités. L’unique but est de retrouver vos repères, de valider que la piste n’a pas changé (grip, etc.) et de mettre votre corps et votre esprit en mode « circuit ». Le chrono est éteint ou ignoré.
  2. Session 2 (Mi-matinée) : Focus technique. Choisissez UN SEUL point à travailler. Par exemple, le freinage du virage 3, ou la trajectoire dans la chicane. Concentrez toute votre attention sur cet unique aspect pendant 20 minutes.
  3. Session 3 (Après-midi) : Fluidité. L’objectif est de lier les virages entre eux, de travailler le rythme à 80-85%. On cherche la propreté et la constance, pas la performance brute.
  4. Session 4 (Fin de journée) : Tentative chrono. Seulement si les sessions précédentes ont été positives et que vous vous sentez en confiance, vous pouvez rouler à 90% pour voir ce que cette approche méthodique a produit. Le temps devient une conséquence, pas un objectif.

Cette approche a fait ses preuves. Des pilotes suivant ce schéma arrivent à battre leur record personnel de plus d’une seconde sur une journée, sans jamais se mettre en danger.

Dans quel ordre travailler les fondamentaux pour gagner 5 secondes en un an ?

Vouloir tout améliorer en même temps est le meilleur moyen de ne rien améliorer du tout. La progression en pilotage est un escalier : il faut valider chaque marche avant de passer à la suivante. Ignorer l’ordre logique des fondamentaux, c’est comme construire une maison en commençant par le toit. Voici un programme de progression structuré sur un an, trimestre par trimestre, pour construire des bases solides et gagner ces précieuses secondes de manière durable.

Trimestre 1 : La Base Absolue – Le Regard et la Position
Tout part de là. Le regard conditionne 80% de votre pilotage. Il doit être mobile, anticiper et viser loin, très loin vers la sortie du virage. C’est ce qui dicte inconsciemment vos trajectoires. En parallèle, travaillez votre position. Est-elle active ? Êtes-vous bien calé avec vos jambes contre le réservoir ? Vos bras sont-ils détendus ? La position sur la moto doit être stable mais permettre une mobilité fluide pour le déhanché. C’est le socle de tout le reste.

Trimestre 2 : La Maîtrise de la Vitesse – Le Freinage
Une fois que le regard et la position sont corrects, on peut s’attaquer au freinage. L’objectif n’est pas de freiner « plus tard », mais de freiner « mieux ». Cela passe par la maîtrise du freinage dégressif : une pression forte et initiale sur le levier, puis un relâchement progressif et contrôlé jusqu’au point de corde. C’est ce relâchement qui permet à la moto de tourner et de conserver de l’adhérence. Travaillez sur un repère de freinage fixe et constant avant de chercher à le reculer.

Trimestre 3 : L’Art de la Géométrie – Les Trajectoires
Avec une bonne gestion de la vitesse, vous pouvez enfin vous concentrer pleinement sur l’optimisation des trajectoires. Utilisez l’analyse GPS et vidéo pour superposer vos passages. Est-ce que votre point de corde est constant ? Est-ce que vous utilisez toute la largeur de la piste en sortie ? C’est le moment de mettre en pratique les trajectoires en « V » et en « U » de manière consciente et répétée.

Trimestre 4 : La Performance – Constance et Rythme
Le dernier trimestre est celui de la consolidation. Le but est d’enchaîner des tours rapides et réguliers. La performance ne vient pas d’un tour « miracle » où tout s’aligne, mais de la capacité à répéter des actions justes tour après tour. Travaillez sur la liaison des virages et la fluidité générale de votre pilotage. Le chrono descendra alors naturellement, comme une conséquence logique de votre travail.

Votre checklist pour un auto-audit technique

  1. Regard : Lors de votre prochaine session, demandez à un ami de vous filmer. Votre tête pivote-t-elle franchement vers la sortie avant même d’entrer dans le virage ?
  2. Position : En ligne droite, êtes-vous capable de lâcher le guidon sans que le haut de votre corps ne bouge ? Si non, vous vous tenez avec les bras au lieu des jambes et du tronc.
  3. Freinage : Sur un freinage, sentez-vous la fourche se détendre progressivement lorsque vous relâchez le levier, ou le faites-vous d’un coup sec ?
  4. Trajectoire : Identifiez un virage lent. Utilisez-vous bien toute la largeur de la piste à l’extérieur avant de plonger vers la corde ?
  5. Accélération : À quel moment exact ouvrez-vous les gaz en sortie de virage ? Lorsque la moto est encore sur l’angle, ou lorsque vous avez commencé à la redresser ?

Corde ou extérieur : quelle différence fondamentale entre circuit et route ?

Une des plus grandes sources de confusion et de danger pour un motard qui débute sur circuit vient de la transposition des réflexes de la route. Sur route, l’objectif numéro un est la sécurité, qui passe par la visibilité et l’anticipation de l’imprévu. Sur circuit, l’objectif est la performance dans un environnement stérile et prévisible. Cette différence d’objectif entraîne des approches de trajectoire diamétralement opposées.

Sur route, dans un virage à droite sans visibilité, le bon réflexe est de rester à l’extérieur de sa voie le plus longtemps possible. Cela permet d’ouvrir son champ de vision au maximum pour voir ce qui arrive en face (un véhicule qui coupe, un obstacle). La trajectoire est dictée par le besoin de voir loin pour survivre. Comme le rappelle un expert en sécurité routière, dans un guide sur la technique de pilotage moto, « La meilleure façon d’appréhender un virage en toute sécurité est d’avoir en permanence l’angle de vision le plus large possible ».

Sur circuit, cette approche est un non-sens. La piste est un environnement contrôlé : il n’y a pas de gravier au milieu du virage, pas de voiture arrivant en sens inverse. La visibilité est totale et la trajectoire n’a plus un but défensif, mais offensif. L’objectif est d’utiliser 100% de la largeur de la piste pour créer la trajectoire la plus rapide possible. On va donc chercher l’extérieur pour préparer son entrée, plonger vers le point de corde (souvent bien à l’intérieur de la piste), puis laisser la moto dériver jusqu’à l’extérieur en sortie pour maximiser l’accélération. Tenter de « rester à l’extérieur pour voir » sur circuit est une perte de temps monumentale et un contresens total.

Cette opposition est cruciale à intégrer. Le circuit n’est pas « la route sans limitations ». C’est un autre sport, avec ses propres règles.

Circuit vs Route : approches de trajectoire opposées
Critère Circuit Route ouverte
Objectif principal Performance maximale Sécurité et visibilité
Trajectoire privilégiée Utilise toute la piste Reste dans sa voie, souvent à l’extérieur
Environnement Prévisible et stérile Imprévisible et hostile
Gestion du risque Risque connu et contrôlé Risque inconnu à anticiper
Utilisation de la largeur Toute la piste Sa voie uniquement

Comment déhancher pour réduire l’angle de la moto à vitesse égale ?

Le déhanché est souvent perçu comme un geste esthétique, l’apanage des pilotes de Grand Prix pour « faire joli » ou « poser le genou ». C’est une vision totalement erronée. Le déhanché est une technique fondamentale de pilotage dont le but premier est la sécurité et la performance. Son utilité est purement physique : en déplaçant le centre de gravité de l’ensemble pilote-moto vers l’intérieur du virage, il permet, pour une même vitesse et un même rayon de virage, de réduire l’angle d’inclinaison de la moto.

Pourquoi est-ce si important ? Parce que l’adhérence d’un pneu n’est pas infinie. Plus l’angle est important, plus on se rapproche de la limite de grip. En déhanchant correctement, on gagne de précieux degrés d’inclinaison. Cette marge de sécurité supplémentaire peut être utilisée de deux manières : soit pour passer à la même vitesse avec plus de sécurité, soit pour passer plus vite avec le même angle (et donc le même niveau de risque). Des études techniques ont pu montrer qu’un déhanché efficace permet de réduire l’angle de la moto de 5 à 8 degrés à vitesse égale, ce qui est une augmentation considérable de la réserve d’adhérence disponible.

Un déhanché correct n’est pas un simple mouvement de fesse. C’est un mouvement coordonné de tout le corps. Voici les étapes pour l’exécuter proprement :

  1. Préparation sur les appuis : Avant le virage, le poids du corps doit être sur la pointe du pied intérieur, le talon décollé du repose-pied. Le pied extérieur est à plat et presse contre le repose-pied.
  2. Glissement latéral : On ne se lève pas, on glisse. Une fesse (et un tiers du bassin) doit se retrouver à côté de la selle, vers l’intérieur du virage.
  3. Alignement du buste : Le buste ne suit pas la moto. Il reste aligné avec l’axe longitudinal du réservoir, se décalant avec le bassin. L’épaule intérieure s’abaisse.
  4. La tête et le regard : La tête est le premier élément à « entrer » dans le virage. Elle est décalée vers l’intérieur et le regard est fixé loin vers la sortie.
  5. Le genou comme témoin : Le genou s’ouvre naturellement pour accompagner le mouvement. Le but n’est pas de le poser, mais de l’utiliser comme un capteur d’angle. S’il touche, c’est une information, pas un objectif.

Maîtriser cette technique demande de la pratique, mais c’est un investissement qui paie. C’est la différence entre un pilotage « subi », où l’on s’accroche à la moto, et un pilotage « actif », où l’on fait corps avec elle pour optimiser la physique du virage.

À retenir

  • La performance sur circuit est la conséquence d’une méthode propre, pas d’une prise de risque agressive.
  • Votre plus grand potentiel de gain se trouve dans les virages lents, en maximisant la vitesse de sortie plutôt que la vitesse d’entrée.
  • Une journée de roulage doit être abordée comme un entraînement structuré (échauffement, focus technique, fluidité) et non comme une chasse au chrono.

Comment maîtriser les freinages tardifs sur circuit sans perdre l’avant ?

Le freinage tardif. C’est le Graal de nombreux pilotes, le symbole ultime de la performance et de l’attaque. C’est aussi la manœuvre la plus délicate et la principale cause de chute sur l’avant. Vouloir freiner plus tard sans une maîtrise parfaite des fondamentaux est un suicide sportif. Le freinage tardif n’est pas la première chose à apprendre, mais la dernière. C’est le sommet de la pyramide, qui ne peut tenir que sur une base solide.

Le secret d’un freinage puissant et sûr ne réside pas dans la force brute appliquée sur le levier, mais dans la progressivité, à la fois à l’attaque et, surtout, au relâchement. Un pneu avant ne peut gérer qu’une certaine quantité de contraintes. Si vous lui demandez de freiner à 100% et de prendre de l’angle à 100% en même temps, il sature et c’est la glisse. La technique consiste à transférer la charge progressivement du freinage à la mise sur l’angle.

L’immense pilote et coach Hervé Moineau donne un conseil radical mais essentiel pour le circuit, comme le cite un article sur les bases du pilotage :

Sur circuit, on oublie le frein arrière. On redresse le buste, on tend les bras et on regarde loin devant.

– Hervé Moineau, La Bécanerie – La piste pour les nuls

Cette approche permet de se concentrer à 100% sur le feeling du pneu avant. Le frein arrière, utile sur route, devient un perturbateur sur circuit à haute vitesse, pouvant délester l’avant ou faire glisser l’arrière. La méthode pour reculer son point de freinage doit donc être incroyablement méthodique et sécuritaire :

  • Base : Maîtrisez parfaitement le freinage sur l’avant seul, sur un repère que vous connaissez par cœur.
  • Étape 1 : Sur ce même repère, ne cherchez pas à freiner plus fort, mais travaillez uniquement le relâchement progressif du levier jusqu’au point de corde. Vous devez sentir la fourche se détendre en douceur.
  • Étape 2 : Une fois ce geste parfaitement maîtrisé sur plusieurs tours, reculez votre repère de freinage de cinq mètres seulement. Pas plus.
  • Étape 3 : Appliquez votre freinage maîtrisé sur ce nouveau repère. Répétez le processus, en ne reculant le repère que lorsque vous êtes totalement en confiance.
  • Sécurité : L’objectif est d’élargir votre zone de confort pas à pas, de sentir le pneu travailler, pas de se faire peur. Si vous arrivez en panique au virage, c’est que vous avez été trop ambitieux. Revenez au repère précédent.

Ce n’est qu’avec cette approche progressive et analytique que vous pourrez maîtriser les freinages tardifs sans risquer de perdre l'avant à chaque virage.

Vous possédez maintenant une nouvelle philosophie et une boîte à outils complète. Il ne s’agit plus de « tenter » d’aller plus vite, mais d’appliquer une méthode qui construit la vitesse sur des fondations saines. Pour votre prochaine sortie, choisissez un seul de ces axes de travail et concentrez-vous dessus. Les secondes que vous cherchez ne sont pas au bout de la prise de risque, mais au cœur de la propreté de votre pilotage.

Rédigé par Sophie Lenoir, Ancienne pilote de vitesse en championnat national et coach de pilotage certifiée, Sophie maîtrise l'art de la performance sur circuit. Elle accompagne aujourd'hui les motards désireux de poser leurs roues sur piste en toute sécurité et d'améliorer leurs chronos.